• Curiosité morbide et cannibalisme

    Avant de commencer à tuer, beaucoup de tueurs en série montrent une fascination pour la mort. Cela, en lui-même, n’est pas inhabituel. Peut-être que si leur personnalité antisociale n’avait pas pris le dessus, ces tueurs en série seraient devenus des médecins, des scientifiques, des entrepreneurs de pompes funèbres ou même des artistes.

    •   Gacy a travaillé dans une morgue et dormait dans la chambre d’embaumement, seul avec les corps, mais a été licencié après que l’on ait découvert des corps déshabillés.
    •   Dennis Nilsen faisait semblant d’être un cadavre et se masturbait devant un miroir pour voir sa propre image de mort.
    •   Adolescent, Berkowitz était fasciné par tout ce qui était morbide : "J’ai toujours adoré le meurtre et la mort, la mort brutale et le carnage me plaisent", a-t-il dit.
    •  Jeffrey Dahmer, qui aimait la classe de dissection en biologie, expliqua à un camarade de classe qu’il avait ouvert un poisson qu’il avait pêché parce qu’il voulait "voir à quoi ça ressemblait à l’intérieur. Je voulais voir comme ça marche". Il donna plus tard à la police la même excuse : il avait ouvert le torse de ses victimes "pour voir comment ça marche". Son avocat tenta de rationaliser son cannibalisme en déclarant que "Jeffrey a mangé des morceaux de corps pour que ces pauvres gens qu’il avait tués reviennent à la vie, en lui".
    • Le cannibalisme est une forme littérale d’intériorisation : au lieu de faire de la place dans son cœur pour celui ou celle qu’il désire, le cannibale fait de la place dans son estomac... La faim métaphorique pour la compagnie d’une autre personne devient une faim littérale. Beaucoup la décrivent comme une manière d’incorporer l’autre en soi. Puisque les sociopathes sont incapables de ressentir de l’empathie et de l’amour, cette forme brute et primitive de liaison en devient un remplacement écoeurant.

    Sagawa - 3.6 ko
    Sagawa

    Un exemple particulièrement horrible de cette notion "d’amour dévorant" est le meurtre commis par le Japonais Issei Sagawa, qui a assassiné et dévoré une étudiante Hollandaise, à Paris. Il a raconté, d’une manière très lucide, comment il avait convoité sa victime : "Ma passion était tellement grande que je voulais la posséder. Je voulais la manger. Si je le faisais, elle serait à moi pour toujours". Sagawa hésita lorsqu’il découvrit son utérus : "Si elle avait vécu, elle aurait eu un bébé dans cet utérus. Cette pensée me déprima durant un moment". Mais Sagawa la mangea malgré tout.
    La "décoration" abominable de la maison d’Ed Gein était composée d’abat-jour et de sièges de chaises en peau humaine, ainsi que de crânes humains utilisés comme bols. Il fabriqua également un vêtement et des bijoux avec des morceaux de corps. Les livres d’anatomie ne satisfaisaient pas sa curiosité, il déterra d’abord des cadavres puis se mit à tuer.



    Sont-ils fous ?

    Les tueurs en série sont-ils fous ? Pas selon les standards légaux. "L’incidence de la psychose parmi les meurtriers n’est pas plus grande que l’incidence de la psychose dans la population totale" a dit le psychiatre Donald Lunde. La définition légale de la folie est basée sur "les lois de McNaghten", datant du 19ème siècle : "L’agresseur comprend-il la différence entre le bien et le mal ? S’il se sauve ou fait n’importe quelle tentative pour cacher son crime, alors l’agresseur n’est pas aliéné, parce que ses actions prouvent qu’il a compris que ce qu’il faisait était mal". En France, l’article 122-1 du Code pénal prévaut : « N’est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes. »

    Fish - 3.1 ko
    Fish

    Pourtant quelle personne saine d’esprit dévorerait des enfants et écrirait des lettres aux parents, expliquant quel excellent repas leur enfant a été ? Dans le cas d’Albert Fish, le jury l’a déclaré "aliéné, mais il a mérité de mourir de toute façon." ! Seuls quelques-uns, y compris les "sociologiquement retardés" Ed Gein et Peter Sutcliffe, ont plaidé la folie avec succès.
    Cherchant toujours à manipuler, les tueurs en série feraient n’importe quoi pour convaincre les autorités qu’ils sont fous. Être déclaré "légalement fou" signifie échapper à la peine capitale. Et si le criminel parvient à persuader ses gardiens qu’il est guéri, il peut espérer être libéré... comme Ed Kemper l’a été.
    John Haigh a bu sa propre urine devant les jurés pour les convaincre de sa folie, mais cela a seulement servi à les dégoûter.
    William Hickman a été assez stupide pour écrire son intention de convaincre les jurés qu’il était fou : "J’ai l’intention de rire aux éclats, de hurler et de me jeter par terre avant que l’accusation ne termine sa plaidoirie..." Il termina sa lettre adressée à un codétenu par un : "PS : tu sais et je sais que ne suis pas fou"".


    Alter Egos

    L’une des tentatives les plus prévisibles de "rejeter la faute" est de se créer un côté sombre et mauvais, un "alter ego". Certaines de ces créations sont désignées comme étant les véritables coupables des meurtres.

    •   Alors qu’il était emprisonné, H. H. Holmes inventa "Edward Hatch" et déclara qu’il était l’esprit supérieur et sombre derrière les meurtres des jeunes enfants Pietzel.
    •   William Heirens créa George Murman et correspondit avec lui à travers des lettres.
    •   John Gacy basa son alter ego, "Jack Hanley", sur un policier possédant le même nom. Le "Jack" de Gacy était fort, contrôlait tout et détestait l’homosexualité. Gacy expliqua que, lorsqu’il buvait trop, les mains de Jack prenaient le contrôle.
    • L’un des alter ego les plus connus est celui de Kenneth Bianchi, "Steve Walker". Ce dernier apparu, lors d’une séance d’hypnotisme, comme l’opposé agressif du "gentil" Kenneth. Des hypnotiseurs furent capables de piéger Bianchi et de révéler que "Steve" était un canular.
    • Fabriquer un alter ego est une manière commode de rejeter la culpabilité sur un autre, même si cet "autre" est en soi. C’est une variation psychologique du "le Diable m’a poussé à le faire". Mais les alter ego diaboliques sont généralement des constructions maladroites qui s’effondrent sous un examen minutieux. Au mieux, une véritable personnalité "double" peut espérer se retrouver dans un hôpital psychiatrique plutôt que dans le quartier des condamnés à mort. Mais les cas authentiques sont exceptionnellement rares.



    La schizophrénie

    Selon le Dr. Meloy, la majorité des schizophrènes résistent aux ordres agressifs donnés par les hallucinations auditives qu’ils entendent.

    Mullin - 3.1 ko
    Mullin

    La ville de Santa Cruz a connu de nombreux tueurs psychopathes dans les années 1970. Ed Kemper notamment. Son "collègue" schizophrène, Herbert Mullin, est un exemple terrifiant de ce que peut être un tueur en série réellement fou. Mullin entendait la voix de son père lui demander "Pourquoi ne me donnes-tu rien ? Va tuer quelqu’un. Bouge-toi !". En tuant des gens, Mullin était convaincu qu’il empêchait un terrible tremblement de terre de ravager la Californie. Contrairement à la majorité des tueurs en série, il ne cherchait pas un certain type de victime en particulier. Ses treize victimes "sacrificielles" comprenaient une famille, un prêtre, une auto-stoppeuse, un SDF, un retraité et de jeunes campeurs.
    Lorsqu’il fut arrêté, tout le monde convenu que Mullin était un schizophrène paranoïde... mais il fut déclaré "légalement sain d’esprit". Contrairement à bien des tueurs qui tentent de convaincre les autorités qu’ils sont fous, Mullin essaya de prouver qu’il était sain d’esprit, déclarant qu’il était la victime d’une immense conspiration. Il expliqua qu’il était "un bon citoyen Americain qui avait été dupé pour commettre ces crimes. Je sais que je mérite ma liberté".
    Le "Fils de Sam" était une tentative bien construite de David Berkowitz pour paraître schizophrène. "Il n’y a aucun doute dans mon esprit : un démon vit en moi depuis ma naissance", prétendit-il. "Je veux qu’on me rende mon âme. J’ai le droit d’être humain". Des années plus tard, il tint une conférence de presse durant laquelle il annonça que son histoire de démons avait été inventée.



    Tueurs nés ?

    Génétique et mauvaise graine

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    Panzram

    Les criminels psychopathes sont-ils différents dès la naissance ? Beaucoup de parents disent que leurs enfants, qui sont devenus des criminels, sont nettement différents de leurs frères et sœurs non violents. A 3 ans, Ted Bundy s’est glissé dans la chambre de sa tante Julia, encore adolescente, et a glissé des couteaux sous les couvertures de son lit. "Il est resté là et il a grimacé", expliqua-t-elle.
    Carl Panzram écrivit lui-même : "Toute ma famille est dans la moyenne des êtres humains. Ils sont honnêtes et travaillent dur. Tous sauf moi. Je suis un humain-animal depuis ma naissance. Lorsque j’avais 5 ou 6 ans, j’étais un voleur et un menteur et j’étais méprisable. Plus je vieillis, plus je deviens mauvais".
    Peter Kurten a noyé deux camarades de jeux à l’âge de neuf ans.
    Ces enfants sont-ils tout simplement nés mauvais ?
    L’environnement seul ne peut pas expliquer le comportement des tueurs en série : trop d’enfants abusés et/ou négligés sont devenus des adultes responsables et honnêtes. S’il existe une explication génétique, c’est une mutation discrète et délicate. Nous ne rencontrons pas de familles entières de tueurs en série (même les McCrary étaient plus des dégénérés assassins que des serial killers). Il n’existe pas de "gène du tueur", mais des recherches révèlent certaines tendances génétiques aux comportements violents. En d’autres termes, les mauvaises graines fleurissent dans de mauvais environnements.
    Une étude menée sur des jumeaux élevés séparément en 1997 a révélé un lien puissant entre l’impulsivité et un comportement de recherche de sensations, "attribué presque entièrement à des facteurs génétiques". La recherche de sensations et l’impulsivité "sont plus élevés chez les drogués, les délinquants et les psychopathes".


    Les tueurs en série possèdent-ils un chromosome en trop ?

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    Long

    Bobby Joe Long avait un chromosome féminin ("X") en trop, une anomalie connue sous le nom de Syndrome de Klinfelter (comme Francis Heaulme), ce qui signifie qu’une hormone féminine, l’estrogène, était présente à un taux élevé dans son corps. A l’adolescence, ses seins ont poussé, ce qui l’a beaucoup embarrassé. Bobby Joe Long, toutefois, possédait énormément d’autres "prérequis " de tueur en série. Il avait souffert de blessures répétées à la tête et sa mère avait des moeurs légères, entre autres.
    Réciproquement, un chromosome masculin ("Y") en trop était autrefois en vogue pour expliquer la violence. L’avocat de Richard Speck a affirmé que son client avait un profil génétique XYY, mais des tests ont prouvé que c’était faux. Alors qu’un chromosome masculin semble être une explication logique à un comportement agressif "mutant", il n’existe pas de preuve qui lie le chromosome X ou Y aux tueurs en série.


    La Testostérone

    Un taux élevé de testostérone en lui-même n’est pas dangereux, mais lorsqu’il est combiné avec un taux bas de sérotonine, le résultat peut-être mortel. La testostérone est associée au besoin de dominer (bien des athlètes et des hommes d’affaires ont des taux élevés de testostérone).
    Mais puisque tout le monde ne peut pas être le meilleur, la sérotonine empêche la tension d’atteindre des niveaux trop élevés, et nous tempère. Mais selon une étude de Paul Bernhardt, lorsque le niveau de sérotonine est anormalement bas, la frustration peut mener à un comportement agressif, voire sadique.


    Métaux lourds

    Des recherches ont montré que les agresseurs violents ont des niveaux plus élevés de métaux lourds toxiques (manganèse, plomb, cadmium et cuivre) dans leur corps. Un excès de manganèse fait baisser le taux de sérotonine et de dopamine, ce qui contribue à provoquer un comportement agressif. L’alcool augmente ces effets. Le meurtrier de masse James Huberty avait un taux excessif de cadmium dans son sang.


    Défectuosités du cerveau

    Selon plusieurs chercheurs, des blessures à la tête et des anomalies du cerveau mènent souvent à un comportement violent. Lorsque l’hypothalamus, le lobe temporal et/ou le cerveau limbique sont endommagés, cela peut expliquer une agressivité incontrôlable.
    L’hypothalamus régule le système hormonal et les émotions. Le cerveau "supérieur" a un contrôle limité sur l’hypothalamus. À cause de la proximité physique des centres de la sexualité et de l’agressivité dans l’hypothalamus, l’instinct sexuel et la violence deviennent liés pour le "lust killer". L’hypothalamus peut être abîmé par la malnutrition ou une blessure à la tête.

    •   Le cerveau limbique est la partie du cerveau associée aux émotions et à la motivation. Lorsque le cerveau limbique est endommagé, la personne perd le contrôle de ses émotions primaires, tel la peur ou la colère. Selon Meloy, le regard de prédateur du psychopathe manque d’émotion, il est aussi froid que l’œil vide d’un reptile. Les reptiles ne possèdent pas de partie limbique dans leur cerveau, où résident les souvenirs, les émotions, la socialisation et les instincts parentaux. En d’autres mots, les tueurs en série sont correctement décrits comme des tueurs "de sang-froid ", tout comme leurs "frères" reptiliens.
    •   Le lobe temporal est directement exposé aux blessures, car il est placé à l’endroit où l’os du crâne est le plus fin. Des blessures, tel qu’une chute sur une surface dure, peuvent facilement endommager cette section du cerveau, créant des lésions qui causent une forme d’amnésie et des accès épileptiques. Des dommages au lobe temporal peuvent provoquer des réactions violentes sans raison et augmenter les réponses agressives.

    Bianchi - 2.9 ko
    Bianchi

    Enfant, Kenneth Bianchi a chuté d’un portique et est tombé sur l’arrière de sa tête. Peu après, il a commencé à avoir des crises d’épilepsie.
    Le chercheur Dominique LaPierre pense que le "cortex préfrontal, un endroit du cerveau impliqué dans la planification à long terme et le jugement, ne fonctionne pas correctement chez les sujets psychopathes".
    Les paléopsychologues croient également qu’il existe une sorte de mauvais fonctionnement du cerveau chez les tueurs en série, et que, en quelque sorte, leur cerveau "primitif" ignore le cerveau supérieur : la libido, l’agressivité et l’appétit prennent le pas sur la raison et la compassion. Une étude de Pavlos Hatzitaskos explique qu’une grande proportion des prisonniers des couloirs de la mort a eu d’importantes blessures à la tête et qu’environ 70% des patients souffrant de blessures au cerveau développent des tendances agressives.
    Certaines de ces blessures au cerveau sont accidentelles, mais la plupart d’entre elles ont été infligées lors de mauvais traitements durant l’enfance. Parmi les nombreux tueurs en série qui ont souffert de blessures à la tête, on peut citer Leonard Lake, David Berkowitz, Kenneth Bianchi, John Gacy, Bobby Joe Long et Carl Panzram, qui, enfant, a eu une sorte d’infection au cerveau. Il écrivit : "Finalement, ma tête a gonflé jusqu’à être aussi grosse qu’un ballon... J’ai été opéré à la maison. Sur la table de la cuisine. J’aimerais savoir si cela est la cause de mes étranges actions". Ted Bundy, au contraire, a effectué des scanners du cerveau et des rayons X, mais ils n’ont révélés aucun traumatisme au cerveau.


    Absence de peur

    Le magasine "Crime Times" rapporte les découvertes selon lesquelles les psychopathes ont un "seuil de peur" plus élevé et ont moins tendance à répondre à des stimuli provoquant la peur, comme un bruit violent et soudain. Il est possible qu’ils soient "immunisés" contre la peur.
    Selon le psychologue Shawn Johnston, "le rythme cardiaque du psychopathe et la température de sa peau sont bas, et sa réaction de surprise est bien moindre que chez les personnes "normales". Le système nerveux autonome des gens extrêmement violents est extrêmement lent... Ils ont besoin d’un niveau plus élevé d’excitation ou de stimulation pour avoir une "expérience" intense".

    Privation sensorielle

    Des études montrent que le manque de contact physique peut être nuisible pour le développement de l’enfant. Lors d’une étude sur des chimpanzés, les bébés qui n’étaient pas "pris à bras" se renfermaient sur eux-mêmes et commençaient à attaquer les autres. Certains tueurs en série ont été séparés de leurs parents très jeunes ou leur mère ne leur a pas montré d’amour et ne les touchait pas.

    Conclusion

    Ces caractéristiques physiologiques, toutefois, ne créent pas obligatoirement un tueur en série. Beaucoup de gens ont des blessures au cerveau et des anomalies biologiques et ne sont pas pour autant violents. Un coup à la tête ne va pas forcément créer un tueur en série.
    Le mal peut-il être réduit à une équation chimique ? Peut-être est-ce une combinaison entre l’environnement et des prédispositions chimiques.
    Ce que nous savons, c’est qu’il n’existe pas de schéma unique pour tous les tueurs en série. Beaucoup de ces études biologiques sont nouvelles, et peut-être que dans le futur, le profil chimique du tueur en série sera découvert...



    Fantasmes mortels

    Les fantasmes étranges se développent dans l’isolation et la colère. Selon Ressler, pour le tueur en série en devenir, les fantasmes violents mènent à une isolation encore plus grande, ce qui, en retour, crée une dépendance encore plus grande aux fantasmes...

    "En grandissant, j’ai réalisé, même incomplètement, que j’étais différent des autres gens, et que la manière de vivre à la maison était différente de la maison des autres", dit John Haigh. "Cela me poussait à l’introspection et à d’étranges questionnements mentaux".
    Finalement, pour nourrir leurs fantasmes, les tueurs en série en arrivent à un point où ils ont besoin de les réaliser. Ils vont se préoccuper uniquement de meurtre pendant des années, et dériver dans des états de transe avant le meurtre, totalement emprisonnés par leurs fantasmes. Dans leurs rêveries monstrueuses, leurs victimes sont réduites à de malheureux pions. Beaucoup des mutilations ritualisées accomplies sur les victimes découlent d’un drame intérieur que seul le tueur peut comprendre.

    Dennis Nilsen expliquait : "J’avais créé un autre monde, et les hommes réels y entraient et il ne leur était jamais fait de mal dans les lois irréelles de mon rêve. J’ai provoqué des rêves qui ont provoqué la mort. C’est mon crime".
    Jeffrey Dahmer avait une idée similaire : "J’ai rendu ma vie imaginaire plus puissante que la vie réelle".

    La réalité brutale et dégoûtante du meurtre ne correspond jamais complètement au pouvoir des fantasmes. En fait, c’est généralement une déception, mais le fantasme ne disparaît pas pour autant. Il s’enracine plus profondément dans la psyché du tueur.
    Cela explique la nature "sérielle" et répétitive des meurtres : les tueurs veulent recommencer et "s’améliorer" jusqu’à ce que, enfin, ils réalisent le meurtre parfait, totalement semblable à leurs fantasmes.
    Ted Bundy observait : "Le fantasme qui accompagne et génère l’anticipation qui précède le crime est toujours plus stimulant que les conséquences immédiates du crime lui-même".

    Beaucoup de tueurs en série gardent des souvenirs (des "trophées") de leur crime, qui attisent plus tard leurs fantasmes. Lorsque l’on a demandé à Bundy pourquoi il prenait des Polaroïds de ses victimes, il a répondu : "Lorsque vous travaillez dur pour faire quelque chose de bien, vous ne voulez pas l’oublier".



    Le coup de grâce

    C’est une chose de fantasmer de tuer quelqu’un, mais c’en est une autre de passer à l’acte. Qu’est-ce qui incite les tueurs en série à traverser cette frontière, encore et encore ?
    Les drogues sont souvent impliquées, surtout l’alcool, comme dans les cas de Gacy (qui utilisait aussi du Valium, des amphétamines et de la marijuana...), Ramirez, Nilsen et Dahmer.

    Stresseurs

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    Gein

    Selon Ressler et ses confrères, il existe des "stresseurs", des événements qui déclenchent la rage meurtrière du tueur. Ils peuvent être "un conflit avec une femme, un conflit parental, un stress financier, des problèmes de couple, un conflit avec un homme, la naissance d’un enfant, une blessure physique, des problèmes légaux et le stress d’un décès".
    Alors que le tueur affronte sa frustration, sa colère et son ressentiment, les fantasmes de meurtre peuvent occulter la réalité. Selon Ressler, "bien des facteurs déclenchants sont centrés autour des différents aspects du contrôle". La mort de la mère de Gein lui a fait "passer la barrière", alors que les combats journaliers de Kemper avec la sienne le rendaient fou de rage. Christopher Wilder a affirmé que son itinéraire meurtrier avait commencé après qu’une femme ait rejeté sa demande en mariage.

    Après le meurtre Selon Joel Norris, il existe six phases dans le cycle du tueur en série.
    1 - La phase d’aura, durant laquelle le tueur commence à perdre prise sur la réalité.
    2 - La phase de chasse, durant laquelle le tueur cherche une victime.
    3 - La phase de relation, durant laquelle le tueur attire sa victime.
    4 - La phase de capture, durant laquelle la victime est prise au piège.
    5 - La phase de meurtre ou de Totem, qui est émotionnellement élevée pour le tueur.
    6 - La phase de dépression, qui a lieu après le meurtre.

    Norris écrit que lorsque la dépression survient, elle provoque le recommencement des phases. Bundy a dit qu’il n’a jamais vraiment obtenu ce qu’il espérait avec ses meurtres, et il a toujours ressenti un vide et un grand désespoir après ceux-ci.
    Joel Norris décrit la "dépression post-homicide" que les tueurs en série éprouvent : "Le tueur réalise simplement un fantasme rituel... mais, une fois "sacrifiée", l’identité donnée à la victime dans le fantasme du meurtrier est perdue. La victime ne représente plus ce que le tueur pensait qu’il ou elle représentait. L’image de la fiancée qui le rejetait, l’écho de la voix de la mère haïe, ou les moqueries du père distant. Tout subsiste très clairement dans l’esprit du tueur après le crime. Le meurtre n’a pas effacé ou changé le passé parce que le tueur se déteste lui-même, encore plus qu’avant l’apogée de l’émotion... C’est seulement son propre passé qui est représenté. Il a échoué à nouveau. Au lieu de renverser les rôles de son enfance, le tueur les a renforcés, et en torturant et tuant une victime sans défense, il a répété ses tragédies les plus intimes."



    Mal social

    Culture contemporaine violente

    Beaucoup de tueurs en série accusent notre culture violente (surtout les Américains...) de nourrir leurs appétits.
    Quelques jours avant d’être exécuté, Bundy a déclaré que la pornographie "dure" était responsable des meurtres qu’il avait commis. Dans nos divertissements médiatiques, le sexe et la violence semblent aller de pair. Bundy avait-il raison ? Ou s’est-il trouvé une excuse facile ?
    Beaucoup de tueurs en série adoptent également des figures violentes comme modèles.

    K ?rten - 2.9 ko
    K ?rten

    Le doux Peter Kurten, qui était extérieurement un homme poli et policé, idolâtrait Jack l’Éventreur alors qu’il était emprisonné : "J’ai pensé au plaisir que ça m’aurait donné de faire des choses de ce genre, une fois que je serais de nouveau dehors".
    John Wayne Gacy et Edmund Kemper adoraient John Wayne (qui a évidement d’autres fans que les tueurs en série), car sa justice vengeresse ("oeil pour oeil") plait au tueur... qui pense être une victime.
    De nos jours, on accuse souvent des films ou des musiques d’être la cause de bien des meurtres. Bien qu’il n’existe aucune preuve directe que la violence et les médias créent des tueurs en série, cela peut activer leur fantasme et peut-être les légitimer pour certains. Comme disait Ed Kemper au sujet de la pornographie violente : "Ca n’est pas ça qui m’a rendu mauvais. Mais... ça a mis de l’huile sur le feu".
    Selon Elliot Leyton, dans son livre "Hunting Humans", les tueurs en série ne sont pas "des créatures étranges à l’esprit dérangé, mais des hommes qui ne veulent pas continuer la vie morne dans laquelle ils se sentent coincés. (Aux USA), élevés dans une civilisation qui légitimise la violence comme réponse à la frustration, fournie par les médias et la pornographie violente, avec le manuel expliquant la procédure à suivre, ils choisissent l’identité virile du pirate et du vengeur". (point de vue tout de même très américain qui, sans vraiment le vouloir, élève le tueur en série au rang de rebelle qui "fait la nique" à la société... américaine).


    Une société d’étrangers

    Il est plus facile pour nous de nous voir uniquement comme des étrangers ou des stéréotypes. Les tueurs en série s’en prennent à des stéréotypes. "Nous créons des étrangers les uns pour les autres, dit Steven Egger. Et alors que nous devenons des étrangers, nous commençons à voir les autres plus comme des objets et moins comme des êtres humains".
    "C’est le facteur d’anonymité", a dit Bundy au sujet de sa facilité à tuer. Au 20ème siècle, l’angoisse de la grande ville continue de générer les tueurs et les victimes. Les tueurs en série peuvent facilement trouver des victimes parmi les "oubliés" : fugueurs, prostituées, droguées, SDF...
    Peut-être « l’anonymité » elle-même est elle un facteur qui créé le tueur en série. Se sentant privé de ses droits, oublié, ignoré dans la foule, le psychopathe ne tue pas seulement celles/ceux qui lui renvoient sa propre identité anonyme et oubliée, mais se fait aussi un nom, il "devient quelqu’un" en tuant. Cerise sur le gâteau, il peut même devenir une célébrité si ses crimes font la une des journaux...


    Le meurtre en série comme métier ?

    David Berkowtiz n’avait pas d’identité stable : il ne faisait rien de particulier, il n’avait pas d’amis, pas d’attaches. Il était terriblement seul. L’identité du "Fils de Sam" lui a donné une immense notoriété et du pouvoir sur les autres. Il était excité lorsqu’il entendait ses collègues de la poste discuter du "Fils de Sam", sans savoir que le "gentil David" qui travaillait avec eux était le tueur psychopathe dont on parlait dans les journaux.
    La possibilité que la notoriété soit une motivation supplémentaire pour le tueur en série est terrifiante. De nombreux tueurs en série, qui sont motivés par un besoin de pouvoir et de domination, adorent l’attention que leurs portent les médias.
    Gacy collait sur son "petit cahier" tous les articles de presse le concernant.
    Le procès de Jeffrey Dahmer avait "un air de grande première d’un film, complétée par des célébrités locales, des groupies qui couraient après un autographe et tous les médias sur le pied de guerre", écrivit la biographe de Dahmer, Anne Schwartz.
    Mais le Dr. Meloy nous prévient de ne pas faire des tueurs en série des stars : "Si le meurtre attire l’attention des médias et catalyse à la fois la peur et la fascination du public, cela va renforcer l’opinion du psychopathe selon lequel il est important et tout puissant... Dans un sens, les médias populaires peuvent transformer les prédateurs en figures mythologiques au point qu’ils croient devenir une légende dans leur propre esprit. Cette vérification dans la réalité de ce que jusqu’ici ils n’avaient vécu que dans leurs fantasmes conduit ces psychopathes à considérer le meurtre comme l’unique moyen d’atteindre la notoriété".



    Pour conclure...

    Quand arrêtent-ils de tuer ?

    Uniquement lorsqu’ils sont arrêtés ou tués.
    Très peu se sont rendus d’eux-mêmes à la police. Ed Kemper a appelé la police pour avouer ses crimes et a attendu qu’on vienne le chercher. Certains tueurs en série réclament d’être appréhendés, mais disparaissent avant que la police n’arrive pour les arrêter. William Hereins écrivit son message mémorable ("Pour l’amour de dieu arrêtez-moi avant que j’en tue plus je ne peux pas me contrôler") avec un rouge à lèvres sur un mur, alors que sa victime gisait, morte, égorgée, sur le sol. Si certains tueurs ont arrêté de tuer parce qu’ils étaient satisfaits ou parce qu’ils "s’ennuyaient", nous n’avons aucun moyen de le savoir puisqu’ils n’ont pas été arrêtés.
    Certains affirment que s’ils avaient pu, ils auraient massacré bien plus de gens. Le "Vampire de Dusseldorf", Peter Kurten, a dit : "Plus il y a de gens, mieux c’est. Oui, si j’avais eu le moyen de le faire, j’aurais tué des centaines de personnes, j’aurais créé des catastrophes".
    Lorsque Carl Panzram ne fantasmait pas d’empoisonner des villes entières avec de l’arsenic, il passait son temps à manigancer un plan pour provoquer une guerre entre les Britanniques et les Américains. Devant un jury, avant qu’ils ne délibèrent sur son cas, il expliqua : "Je crois que la race humaine dans sa totalité devrait être exterminée, et je ferai de mon mieux pour le faire à chaque fois que j’en aurais la chance". (Le jury le condamna à mort en moins d’une minute...)

    Un tueur en série a-t-il jamais pu être amendé ?

    Non.
    Et heureusement, notre société ne veut pas prendre le risque de les relâcher (une fois que l’on sait qu’ils sont des tueurs en série...)
    En fait, l’une des critiques les plus franches concernant le possible "changement de comportement" des tueurs en série vient de Carl Panzram lui-même : "Je n’ai aucune envie de m’améliorer. Mon seul désir est de changer les gens qui essayent de me changer. Et je crois que la seule manière de changer les gens, c’est de les tuer. Ma devise, c’est ’Vol-les tous, viole-les tous et tue-les tous’".

    Conclusion

    Finalement, tout ce que nous pouvons conclure, c’est que les tueurs en série sont des trous noirs. Ils sont si normaux, si invisibles, qu’ils nous terrifient parce qu’ils nous ressemblent. Beaucoup d’entre eux se décrivent comme ayant une pièce manquante, quelque chose de mort en eux ou, comme le disait Bundy, "vide à l’intérieur". Non seulement les victimes sont "un blanc" pour le tueur mais les tueurs sont des vides pour eux-mêmes.
    Tuer les autres n’est pas une tentative de remplir le vide mais de propager le vide.


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