• Les événements de l’enfance

    L’adoption

    L’adoption en tant que contribution potentielle au comportement du tueur en série est intéressante parce qu’elle crée deux questions. La première est que les parents biologiques ont pu transmettre des gènes "déviants" à leurs enfants (nous en parlerons plus tard). Deuxièmement, découvrir qu’il a été adopté peut aussi miner le sens de l’identité d’un jeune fragile et le porter à fantasmer sur l’identité de ses "vrais" parents, qu’ils soient bons ou mauvais. Sa mère était-elle une prostituée ? Une none ? Son père était-il un gangster ? Un héros ? Et pourquoi ont-ils "rejeté " leur enfant ? Ce sentiment de rejet peut avoir des conséquences profondes sur une psyché déjà instable. Si l’enfant rencontre ses parents biologiques et qu’il est de nouveau "rejeté", les dommages sont encore plus graves.
    David Berkowitz a été profondément blessé lorsque sa mère biologique l’a repoussé. Certains ont spéculé sur le fait que le surnom que Berkowitz s’était choisi ("Le Fils de Sam") était une tentative fantasmatique de revendication d’une identité parent/enfant qui lui avait été refusée dans la vie réelle.
    Selon les biographes de Bundy (Michaud et Aynesworth), la croissance émotionnelle de Ted Bundy a été bloquée après qu’il ait appris qu’il était un enfant illégitime, à 13 ans. "C’était comme si j’étais rentré dans un mur de briques", a dit Bundy. Bien sûr, il a présenté toutes les excuses qu’il a pu imaginer, et il est donc difficile de le croire alors que sa vie de famille semblait plutôt heureuse.
    Il va sans dire que l’adoption ne créer pas des tueurs en série. Au pire, elle peut altérer l’identité d’un enfant. Mais cela ne signifie pas que devenir un assassin est la seule option disponible pour un enfant adopté.


    Etre témoin de violences

    Certains tueurs en série affirment que l’exposition à des événements violents a enflammé leur soif de sang. Ed Gein, entre autres, a dit que voir des animaux de fermes éventrées lui avait donné "des idées perverses". Heureusement, tous les fils de producteur de boudins ne deviennent pas des tueurs en série...
    Albert Fish et Andrei Chikatilo ont affirmé que leur désir de meurtre était dû à d’abominables histoires qu’on leur avait racontées, enfant. Cela signifie-t-il que tous les enfants lecteurs de Stephen King vont devenir des assassins ?

    Haigh - 2.6 ko
    Haigh

    Même des expériences réellement traumatisantes ne créent pas obligatoirement des tueurs en série. John Haigh, "l’Assassin au bain d’acide", a couru dans les rues après un bombardement lors de la Seconde Guerre Mondiale, à Londres. "La bombe vint avec un horrible hurlement, et comme je regardais vers le haut, couvert de bleus et ahuri, une tête roula à mes pieds". Joel Peter Witkin, un artiste photographe connu dont l’œuvre est horrible, mais fascinante, a connu la même expérience après avoir été le témoin d’un accident de la route. Pourquoi une personne devient-elle un tueur en série alors que l’autre devient un artiste célèbre ?


    La détention des jeunes

    Les Maisons de Correction du début du 20ème siècle faisaient tout sauf rendre les enfants meilleurs. Les histoires de gardiens sadiques et de punitions médiévales vont de pair avec le comportement violent des prisonniers qui devinrent des tueurs en série. Heureusement, ce genre de discipline extrême n’est plus tolérée.
    Bien que Carl Panzram ait été un délinquant juvénile incorrigible, les tortures brutales qu’il subit en maisons de correction n’ont fait que renforcer sa rage violente. "Du traitement que j’ai reçu et des leçons que j’en ai tirées, j’ai décidé, quand je suis sorti, comment j’allais vivre ma vie. J’allais voler, brûler, détruire et tuer partout où j’irais et tous les gens que je pourrais, aussi longtemps que je vivrais. C’est comme ça que j’ai été ’corrigé’ ". Henry Lee Lucas a lui aussi affirmé que la prison l’avait transformé en tueur en série.
    Charles Manson a dit qu’il avait été violé et tabassé par d’autres prisonniers quand il avait 14 ans, pendant qu’un gardien particulièrement sadique regardait la scène en se masturbant.
    Albert Fish a affirmé que ses pulsions sados masochistes étaient dues à ce qu’il avait vécu dans un orphelinat de Washington : "J’ai vu beaucoup de garçons fouettés, ça a pris racine dans ma tête".


    Rejet par ses pairs

    Pour différentes raisons, beaucoup de tueurs en série sont isolés durant leur enfance. Lucas, qui était déjà timide, était ridiculisé à cause de son œil artificiel (il était borgne). Il expliqua plus tard que ce rejet l’avait poussé à haïr tout le monde.
    Kenneth Bianchi était aussi un solitaire et avait de nombreux problèmes. Un rapport clinique indique : "le garçon fait dans son pantalon, ne se fait pas d’amis facilement et a des tics nerveux. Les autres enfants se moquent de lui".
    Dahmer était un enfant antisocial et riait lorsqu’il voyait un autre enfant blessé. Il devint un adolescent alcoolique, ignoré par ses pairs.
    Lorsque l’isolation s’aggrave, la dépendance aux fantasmes, surtout les fantasmes destructifs, peut augmenter. Ces fantasmes de violence se révèlent souvent à travers deux des aspects de la "triade" prédisant un futur comportement criminel : la pyromanie et la cruauté envers les animaux.


    La "triade" des symptômes

    • La cruauté envers les animaux

    Ces compulsions secrètes sont considérées comme les germes d’un plus grand tumulte. "Les actes violents sont ou non renforcés si les meurtriers peuvent exprimer leur rage sans conséquence négative pour eux-mêmes, ou s’ils sont imperméables à une quelconque interdiction contre ces actions. Ensuite, les comportements impulsifs et erratiques découragent l’amitié, augmentant l’isolation. De plus, rien ne nie la croyance du futur agresseur selon laquelle il a le droit de faire ce qu’il fait" (Ressler et co, "Sexual Homicide"). Selon Ressler, "tout apprentissage possède un système de réponses et de réactions". Torturer des animaux et allumer des feux va conduire à des crimes contre des êtres humains, si le schéma n’est pas brisé, d’une manière ou d’une autre.
    La cruauté envers les animaux est un "drapeau rouge". Tuer et/ou torturer des animaux est souvent considéré comme un "entraînement" au meurtre d’êtres humains. Ed Kemper a enterré vivant le chat de la famille et lui a coupé la tête. Dahmer n’a jamais tué d’animaux vivants, mais il a coupé la tête de chiens écrasés et les a plantés sur des pieux dans le jardin.
    Toutefois, tous les tueurs en série n’agressent pas les animaux. Dennis Nilsen adorait les animaux, particulièrement son chien "Bleep", au point qu’il n’a pas osé le regarder lorsqu’on l’a arrêté, de peur de le traumatiser ! Christopher Wilder, violeur et assassin de huit femmes, a fait de nombreux dons à "Sauvons les Baleines" et au "Fond pour le sauvetage des phoques".

    -  La pyromanie

    Toole - 4 ko
    Toole

    Peter Kurten adorait regarder les maisons brûler, tout comme Otis Toole. Berkowitz, lorsqu’il se lassa de torturer la perruche de sa mère, devint un pyromane très prolifique, et garda le compte des 1411 incendies qu’il avait allumé.
    Joseph Kallinger expliqua : "Oh ! Quelle extase allumer des feux provoque dans mon corps ! Quel pouvoir je ressens à la pensée d’un feu !... Oh, quel plaisir, quel merveilleux plaisir !"
    La pyromanie est souvent une activité sexuellement stimulante pour ces tueurs. La destruction dramatique de bâtiments nourrit le même besoin pervers de détruire un autre être humain. Parce que les tueurs en série ne voient pas les êtres humains autrement que comme des objets, le saut entre la pyromanie et le meurtre est facile à faire.

    -  L’énurésie
    Le fait d’uriner au lit est le plus intime de ces symptômes et il est moins divulgué que les autres. On estime qu’environ 60% des tueurs en série urinaient au lit même à l’adolescence. Kenneth Bianchi, par exemple.


    Conclusion

    L’enfance peut jouer un rôle dans le façonnement d’un tueur en série, mais les "traumatismes" vécus ne peuvent pas, à chaque fois, être l’unique raison. Bien des tueurs blâment leur famille pour leur comportement, afin de provoquer la sympathie. D’une manière tout à fait "psychopathique", ils accusent quelqu’un d’autre d’être responsable de leurs actions.
    Mais si leur affreuse enfance est la première cause de leurs tendances homicides, alors pourquoi leurs frères et soeurs ne deviennent-ils pas, eux aussi, des tueurs ou tueuses en série ? Et si une enfance malheureuse créait vraiment des tueurs en série, ceux-ci se seraient probablement regroupés en association ou en syndicat, il y en aurait tant.
    Nous devons chercher d’autres éléments pour comprendre ce qui pousse un tueur en série à dépasser les limites.



    Rationalisations tortueuses

    "Je suis le fils de pute le plus froid que vous ayez jamais rencontré, a dit Ted Bundy. J’aimais tout simplement tuer, je voulais tuer".

    Sutcliffe - 4.1 ko
    Sutcliffe

    La marque de fabrique du psychopathe est son incapacité à concevoir les autres comme des êtres méritant la compassion. Dans l’esprit du meurtrier en série, les victimes sont déshumanisées, aplaties, transformées en objets sans valeur. John Wayne Gacy, qui n’a jamais montré le moindre remord, appelait ses victimes "des petits pédés et voyous sans valeurs", alors que Peter Sutcliffe (l’Éventreur du Yorkshire, qui assassina des prostituées) a déclaré qu’il "nettoyait les rues de ses déchets humains".
    Au 19ème siècle, la psychopathie était considérée comme de la "folie morale". De nos jours, on l’appelle communément "un désordre de personnalité antisociale" ou "sociopathie". Les experts pensent que les sociopathes sont un mélange de désastres interpersonnels, biologiques et socioculturels.

    Les sociopathes sont diagnostiqués grâce à leur comportement irrationnellement antisocial, leur manque de conscience et leur vide émotionnel. Ils recherchent avidement l’excitation (sexuelle ou sensitive ou de pouvoir...) et sont franchement intrépides. La prison ne les "guérit" pas parce qu’ils sont impulsifs par nature et se moquent des conséquences de leurs actes. Incapables de vivre une véritable relation, ils voient les autres comme des fétus de paille n’existant que pour être manipulés et exploités. Selon les études (américaines), 3 à 5% des hommes sont des sociopathes, alors que moins d’1% de la population féminine est sociopathe.
    Les sociopathes sont souvent de riches hommes d’affaires ou des dirigeants mondiaux : tous les sociopathes ne sont pas des tueurs. Mais lorsqu’il vous est facile de dévaloriser les autres et que vous avez toujours ressenti les événements de votre vie comme des injustices et des rejets, le meurtre peut sembler être un choix naturel.
    Selon les psychiatres, il existe des facteurs environnementaux qui créent un sociopathe :

    •   Les études montrent que 60% des psychopathes ont perdu au moins un de leurs parents
    •   L’enfant est privé d’amour ou de soins, les parents sont indifférents ou absents
    •   Discipline inconsistante : si le père est sévère et que la mère est douce, l’enfant apprend à haïr l’autorité et à manipuler sa mère
    •   Des parents hypocrites qui déprécient l’enfant en privé alors qu’ils montrent publiquement l’image d’une "famille heureuse".



    La génétique

    Des tests montrent que le système nerveux des sociopathes est manifestement différent : ils ressentent moins de peur et d’anxiété que les autres. Une expérimentation a révélé que leur "bas niveau d’excitation" créé une impulsivité et la recherche de stimulations. Elle a également montré à quel point les sociopathes sont résistants lorsqu’ils doivent réellement changer leur comportement (et non pas faire semblant). On a donné une tache à un groupe de sociopathes et à un groupe de gens "normaux" : apprendre quel levier (sur quatre) allumait une lumière verte. L’un des leviers envoyait au sujet un choc électrique. Les deux groupes firent le même nombre d’erreurs, mais le groupe "normal" apprit rapidement à éviter la punition du choc électrique, alors que les sociopathes mirent bien plus de temps à le faire.
    Ce besoin d’un plus haut niveau de stimulation fait que le psychopathe recherche les situations dangereuses. Quand Gacy entendait une ambulance, il la suivait pour voir quel genre de catastrophe "excitante" avait eu lieu. L’une des raisons pour lesquelles beaucoup de tueurs en série cherchent à devenir policier est probablement due à l’intensité de ce travail.
    Les facteurs génétiques et physiologiques contribuent également à créer un psychopathe. Une étude à Copenhague se concentrait sur un groupe de sociopathes qui avaient été adoptés durant leur enfance. Les parents biologiques des sociopathes avaient 4 à 5 fois plus de "chance" d’être eux-mêmes sociopathes que les personnes "normales".
    Toutefois, la génétique ne résout pas tout. Elle montre seulement qu’il existe sans doute une prédisposition au comportement antisocial. L’environnement peut créer ou briser la personnalité "sociopathique".
    Lorsqu’un sociopathe hérite de "handicaps développementaux" d’origine génétique, c’est généralement d’un développement rachitique des plus hautes fonctions du cerveau. 30 à 38% des sociopathes ont des "ondes d’activité anormales du cerveau". Les enfants ont une activité cervicale plus lente, qui augmente lorsqu’ils grandissent. Mais pas chez les sociopathes. Le cerveau peu devenir mature, mais seulement lorsque le sociopathe vieillit. C’est peut-être la raison pour laquelle la plupart des tueurs en série ont moins de 50 ans. Les ondes d’activité anormales du cerveau viennent du lobe temporal et du système limbique, les endroits du cerveau qui contrôlent la mémoire et les émotions. Lorsque le développement de ces parties du cerveau est génétiquement détérioré, et que les parents de l’enfant sont abusifs, irresponsables ou manipulateurs, tout est en place pour un désastre.
    Les sociopathes peuvent-ils être traités et guéris ? Selon les psychiatres : Non. Les électrochocs ne fonctionnent pas. Les drogues ne se sont pas révélées efficaces. La psychothérapie, qui suppose une confiance et une relation avec le thérapeute, est hors de question puisque le psychopathe est incapable de s’ouvrir aux autres. Ils ne veulent tout simplement pas changer.
    La majorité des psychopathes finissent en prison plutôt que dans des hôpitaux psychiatriques.


    A l’intérieur de l’esprit d’un sociopathe

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    Nilsen

    Selon le Dr Reid Meloy, auteur de "The Psychopathic Mind : Origins, Dynamics, and Treatment", le sociopathe n’est capable d’avoir que des relations sados masochistes basées sur le pouvoir et non sur l’attachement. Les sociopathes s’identifient à un modèle agressif, tel un parent abusif, et s’en prennent à leur "moi" faible et vulnérable en le projetant dans les autres. Comme l’a dit Dennis Nilsen : "Je me tuais toujours moi-même, mais c’était toujours le ’spectateur’ qui mourrait".
    Le Dr. Meloy écrit que durant le développement de la petite enfance, il se crée une séparation chez l’enfant sociopathe entre le "moi gentil", qui est l’intérieur vulnérable, et le "pas moi dur", qui est l’extérieur intrusif et pénible (les expériences douloureuses ou de négligence). L’enfant en vient à attendre que toutes les expériences extérieures soient douloureuses, et se renferme sur lui-même. Dans une tentative de protection contre un environnement difficile, l’enfant développe une "armure de caractère", se méfiant de tout ce qui est extérieur et refusant de laisser qui que ce soit "entrer". L’enfant refuse de s’identifier à ses parents et, au contraire, voit ses parents comme des étrangers malveillants. Rapidement, l’enfant n’est plus capable d’empathie pour qui que ce soit. Le mur est construit pour durer.
    "La nature humaine toute entière est une nuisance et me remplit de dégoût, disait John Haigh. De temps en temps, il faut relâcher la vapeur".
    Lors d’un développement normal, l’enfant se lie avec sa mère pour qu’elle l’élève et lui donne de l’amour. Mais pour le psychopathe, la mère est considérée comme "une prédatrice agressive ou une étrangère passive". Dans le cas des sociopathes violents, et notamment des tueurs en série, l’enfant se lie à travers le sadomasochisme et l’agression.
    Selon Meloy, "cet individu, se conduisant comme un prédateur, fait vicieusement et agressivement aux autres ce qu’on pourrait lui faire".


    La victime aux yeux du psychopathe

    Lorsqu’ils traquent une victime, les psychopathes ne ressentent pas consciemment de la colère. Bien des tueurs semblent entrer en transe durant leurs phases prédatrice et meurtrière. Le psychopathe recherche des victimes idéalisées dans le but de les humilier et de les détruire. En dégradant sa victime, le psychopathe tente de détruire l’ennemi hostile à l’intérieur de son propre esprit. Durant le procès de Gacy, le psychiatre Richard Rappaport a dit que "Gacy est tellement convaincu que ces attributs existent dans cette autre personne qu’il est complètement en dehors de la réalité... et il doit se débarrasser d’elle et se sauver lui-même. Il doit le tuer".
    La victime est vu comme un objet symbolique. Bundy la décrivait en se désignant à la 3ème personne : "Puisque cette fille en face de lui ne représente pas une personne, mais une image, ou quelque chose de désirable, la dernière chose qu’il voudrait faire serait de personnaliser cette personne... Discuter et la flatter et s’amuser, comme sur un écran de cinéma". Et ensuite, "ce ne serait pas nécessairement des stéréotypes. Mais ce serait des fac-similés de femmes en tant que catégorie. Pas une catégorie de femmes, mais une catégorie qui a presque été créée à travers la mythologie des femmes et la manière dont elles sont utilisées comme objet".


    L’illusion du "Guerrier"

    Dans un état maniaque (qui précède le meurtre), le sociopathe est intrépide et pense qu’il est omnipotent, parfois le Mal incarné (c’était par exemple le cas de Richard Ramirez, le "Night Stalker"). Un autre sociopathe, lorsqu’il se préparait à "chasser", s’habillait en Indien et utilisait ses propres excréments comme peintures de guerre. Bien des tueurs s’identifient au mythe du guerrier. Leonard Lake était fasciné par les chevaliers médiévaux et beaucoup de tueurs en série, tels Gacy et Kemper, admiraient John Wayne, l’archétype Américain du guerrier solitaire.


    Beaux parleurs

    Les psychopathes connaissent ce qui est bien et mal, et se comportent comme s’ils croyaient sincèrement en ces valeurs. "Il existe des individus qui sont tellement psychopathiquement dérangés que, selon moi, on ne devrait même pas essayer de les guérir", dit Reid Meloy. Beaucoup de psychopathes lisent des ouvrages de psychologies et sont capables d’imiter les maladies mentales plus "sympathiques", comme la schizophrénie. Ils utilisent tous les moyens possibles pour manipuler ceux qui les évaluent.
    Est-ce que les sociopathes entendent des voix dans leur tête ? Selon Meloy, même "la plupart des individus psychotiques n’ont pas ce genre d’hallucination et ceux qui les ont leur résistent généralement bien". John Wayne Gacy était "un beau parleur qui essayait de se "laver" de toute mauvaise action. Il avait un haut degré d’intelligence sociale et il savait très bien se comporter comme il le fallait pour influencer les gens", a dit Eugene Gauron, qui a évalué Gacy AVANT qu’il ne commence à tuer. Gacy a pourtant été libéré.
    La tromperie la plus dramatique qu’aient jamais essuyé des psychiatres est l’évaluation d’Ed Kemper. Deux psys l’ont interviewé et ont déclaré qu’il était à présent "sans danger" et ne ferait de mal à personne. Durant cette interview, la tête d’une des victimes de Kemper reposait dans le coffre de sa voiture, garée sur le parking !
    Bundy, qui pouvait véritablement être charmant, est parvenu à obtenir les bonnes grâces de ses gardiens, pour s’échapper lorsqu’ils sont devenus plus souples avec lui et l’ont moins surveillé.



    Appétits coupables

    Le meurtre en série est-il une quête de sexe ou de pouvoir, ou les deux ? Cela dépend de... la personne à qui vous le demandez.

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    Bundy

    Certains croient que la domination sexuelle est l’expression d’un besoin de pouvoir. "Le sexe n’est qu’un instrument utilisé par le tueur pour obtenir le pouvoir et la domination de sa victime", dit Steven Egger. Selon Bundy, le sexe n’était pas la principale source de gratification. "Je veux diriger la vie et la mort", a-t-il dit. Il voulait contrôler totalement ses victimes : "Les posséder physiquement, comme quelqu’un posséderait une plante en pot, un tableau ou une Porsche. Être le propriétaire de cette personne".
    D’autres pensent qu’une pulsion sexuelle déviante est la cause, et que le pouvoir est l’outil utilisé pour obtenir la satisfaction sexuelle.
    Certains tueurs en série vont s’identifier à des sources de pouvoir perçues, en essayant de s’approprier certains des sentiments de contrôle et d’omnipotence pour eux-mêmes. D’autres vont satisfaire des illusions de grandeur religieuse, que ce soit le Christ ou Satan. D’autres encore observent les policiers et vont les imiter, comme si leur autorité volée leur donnait l’autorité de tuer les autres.
    L’un des modèles de pouvoir les plus terrifiants est Hitler. L’un des médecins du Britannique Patrick Mackay, alors adolescent, prédit qu’il deviendrait un "tueur psychopathe". Mackay s’identifiait à Hitler et posait dans un uniforme nazi qu’il avait fabriqué lui-même. Après avoir avoué les meurtres de onze personnes, dont un prêtre catholique assassiné à la hache, il déclara : "Je ne vais pas pleurer. La vie est pleine de chocs en tout genre et on doit y faire face".


    Déviance sexuelle

    "Les démons voulaient mon pénis", a écrit David Berkowitz. Pour lui, le sexe n’était pas quelque chose qui impliquait une partenaire consentante. Au contraire, ses fantasmes sexuels tordus, entretenus dans l’isolation sociale, firent apparaître les forces abstraites du mal. Nous imaginons les démons poursuivant des buts plus élevés, tels la recherche d’âmes égarées, mais pas de pénis. Mais pour les lust murderers, la sexualité, le pouvoir et la domination sont si fermement entrelacés qu’ils débordent l’un dans l’autre. Il est difficile de dire où la soif de sexe disparaît et la soif du sang prend le dessus.


    Meurtre sexuel

    Selon Ressler, Burgess, et Douglas dans "Sexual Homicide : Patterns and Motives", le nombre de "meurtres classifiés comme ’mobiles inconnus’ augmente dramatiquement". Ils pensent qu’il existe deux types d’homicides sexuels : "le tueur du viol ou de la colère déplacée" et le "tueur sadique".
    En quoi un tueur en série diffère-t-il d’un violeur qui tue ses victimes pour éviter qu’elles ne parlent et qu’il soit appréhendé ?
    Les violeurs qui tuent, selon une étude citée dans "Sexual Homicide", "trouvent rarement une satisfaction sexuelle dans le meurtre et n’exécutent pas d’actes sexuels après la mort. Au contraire, pour les tueurs sadiques, le meurtre est un élément à part entière d’un fantasme sadique ritualisé".
    La mutilation est de "l’overkill", une façon de frapper obsessivement le corps de la victime bien plus que nécessaire pour la tuer. Les sociopathes ont un niveau d’excitation peu élevé, il en faut bien plus pour les stimuler. Les mutilations macabres excitent le lust killer. Pour lui, tuer déclenche un fantasme sexuel étrange qui s’est développé dans les sombres méandres de son esprit tordu.
    Ressler écrit que "puisque son histoire sexuelle est celle du sexe en solitaire, et qu’il trouve les relations trop difficiles, voir impossibles, il retourne l’acte masturbatoire même lorsqu’une vraie partenaire (sa victime) est ’disponible’. La masturbation a généralement lieu après la mort, lorsque ses fantasmes sont les plus forts". Parce que les fantasmes n’impliquent pas une personne mais une victime sacrificielle symbolique, la violence peut augmenter après la mort. "Les mutilations ont souvent lieu lorsque la victime est déjà morte, un moment durant lequel le tueur a un contrôle ultime sur sa victime".

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    Kemper

    Bien des tueurs admettent ressentir une pulsion sexuelle anormalement forte. Ed Kemper, qui décapitait souvent ses victimes avant de les violer, a dit qu’il avait "une pulsion sensuelle très forte, une pulsion sexuelle mystérieuse qui a commencé tôt, beaucoup plus tôt que la normale." Pourtant, il ne fantasmait que sur des femmes mortes, jamais les vivantes. "Si je les tuais, vous savez, elles ne pouvaient pas me rejeter comme homme. C’était plus ou moins créer une poupée à partir d’un être humain... et réaliser mes fantasmes avec une poupée, une poupée humaine vivante".
    L’excitation la plus étrange que Kemper ressentait en tuant avait lieu lorsqu’il décapitait ses victimes. "Je me souviens qu’il y avait une excitation sexuelle... Vous entendez ce petit ’pop’ et vous retirez leur tête et vous la soulevez par les cheveux. Enlever la tête de leur corps étendu là. Ça m’envoyait au ciel". Kemper ajoutait : "Avec une fille, il reste encore beaucoup de choses sur son corps même sans la tête. Bien sûr, la personnalité est partie". Ces personnalités, que les tueurs en série trouvent si gênantes et ennuyeuses expliquent pourquoi ils vont si loin pour "dépersonnaliser" le corps de leur victime par d’horribles mutilations.
    Albert DeSalvo avait envie d’avoir des rapports sexuels au moins cinq fois par jour. Il en vint même à accuser la froideur de sa femme d’être la cause de ses meurtres. "C’était vraiment une femme que je voulais, n’importe laquelle, juste une femme avec ce que les femmes ont", a-t-il dit. David Berkowitz se masturbait compulsivement et "sa préoccupation pour la sexualité orale", écrivit le Dr. Abrahamsen, "suggère un développement sexuel immature".

    Parce que le sexe est lié à la mort et non pas à la vie, le concept de procréation dérange le lust killer. John Haigh déclara : "Le sexe ne devrait pas exister. La propagation devrait être un acte insensible, comme un chêne qui perd ses glands". Pour certains de ces tueurs, la sexualité a été liée au pêché et à la mort par des parents trop zélés qui ne voulaient pas que leur enfant ne devienne "immoral". Leur besoin libidineux s’est alors reporté sur d’autres comportements "déviants".
    William Heireins, le jeune "tueur au rouge à lèvres", a affirmé que le cambriolage était sa manière primaire de se relâcher sexuellement. Enfant, on l’avait prévenu que les contacts sexuels étaient sales et qu’ils "causaient des maladies".
    Joseph Kallinger, qui fut élevé par des parents sadiques très puritains, était sexuellement excité par les feux.
    Pour Ed Gein, à qui sa mère avait appris que le sexe était criminel et avilissant, il semble presque naturel qu’il ait associé sa propre curiosité sexuelle avec la mort.


    Tuer la femme à l’intérieur
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    Lucas

    Henry Lee Lucas, que sa mère forçait à s’habiller en fille quand il était petit, déclara : "J’étais la mort sur les femmes. Je ne sentais pas qu’elles avaient besoin d’exister. Je les haïssais et je voulais détruire toutes celles que je pourrais trouver. Et j’étais bon à ça". Beaucoup pensent que Gacy tuait des jeunes hommes qui représentaient symboliquement son propre moi homosexuel tant détesté.
    Bobby Joe Long, qui avait un chromosome féminin en trop et se retrouva avec des seins à la puberté, tua brutalement des prostituées et des femmes qui lui rappelaient sa mère.
    Il existe un débat pour savoir si les tueurs en série qui sont peu sûrs de leur masculinité sont les plus vicieux, comme s’ils avaient besoin d’extirper et de détruire la femme à l’intérieur d’eux-mêmes. Joel Norris a écrit que si "le tueur est particulièrement sauvage en ce qui concerne les corps de ses victimes féminines, la police devrait cherchait un suspect possédant des traits physiques féminins. A-t-il par exemple de beaux cheveux ? Ses traits sont-ils disproportionnellement délicats ?"
    Comme Richard Tithecott le précise dans son livre "Of Men and Monsters", "la motivation des tueurs en série peut être expliquée en termes de "besoin d’expulser" : expulser la femme, expulser l’homosexuel... de soi-même. La question (et le problème) n’est plus alors la masculinité, mais la féminité, ou plutôt l’invasion féminine de la masculinité".
    Tithecott explique que d’une certaine manière, le tueur accuse la féminité de provoquer son envie de meurtre, alors que dans l’Histoire, quasiment tous les actes agressifs sont masculins par nature. Cette manière de viser la "femme à l’intérieur" n’est rien d’autre qu’une tentative du tueur en série d’accuser la victime.


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