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Les tueurs en série ont proposé bien des excuses à leur comportement. Henry Lee Lucas a critiqué son éducation. Dautres, comme Jeffrey Dahmer, ont dit quils étaient nés avec "une partie deux manquante". Ted Bundy a affirmé que la pornographie lavait poussé à violer et à tuer. Herbert Mullin a accusé les voix dans sa tête qui lui disaient quil était temps de "chanter la chanson de la mort". Carl Panzram a affirmé que la prison avait fait de lui un monstre, alors que Bobby Joe Long a dit quun accident de moto lavait rendu "hyper-sexuel" et lavait transformé en "lust killer". John Wayne Gacy, lui, a renversé les rôles et sest vanté du fait que ses victimes méritaient de mourir.
Ils doivent être fous. Comment une personne normale pourrait-elle massacrer un autre être humain, simplement par plaisir ?
Et pourtant, le fait le plus terrifiant vis-à-vis des tueurs en série est que, dans leur limmense majorité, ils sont rationnels, sains desprit... et calculateurs. Comme le Britannique Dennis Nilsen la dit lui-même : " Un esprit peut-être mauvais sans être anormal ".
Avant de voir qui ils sont, décrivons dabord ce quils sont. Dans son livre "The Killers Among Us", Steven Egger définit le meurtre en série :

Les tueurs en série choisissent des victimes plus faibles queux. Ils veulent des victimes quils pourront facilement maîtriser, afin de ne pas "saboter" leur fantasme de "tueur tout puissant qui domine sa proie".
Souvent, ses victimes correspondent à un certain stéréotype qui à une signification symbolique pour le tueur.
Bundy a brutalement assassiné des étudiantes brunes aux longs cheveux. Il tuait sans doute, encore et encore, Stéphanie Brooks, sa fiancée du lycée qui lavait laissé tomber alors quil était fou amoureux delle.
David Berkowitz, "le Fils de Sam", haïssait simplement les femmes en général : "Je leur reproche tout. Tout le mal qui se passe dans le monde, ça leur revient".
Gacy a sauvagement étranglé des adolescents et des jeunes hommes, dont certains étaient ses propres employés, en les appelant des "petits voyous et pédés sans valeur". Certains croient que la rage homicide de Gacy se projetait sur les garçons qui représentaient sa propre inadéquation aux yeux de son père dominateur.
La plupart du temps, les tueurs en série humilient et "chosifient" (au sens de considérer comme un objet) leurs victimes. Bundy parlait très peu à ses victimes, délibérément. Sil connaissait trop la jeune femme quil agressait et voyait en elle une véritable personne, il détruisait son fantasme (cest essentiellement égoïste : ce nest pas quil ne pouvait plus la tuer parce quil voyait en elle une personne. Cest juste que cétait "franchement moins amusant" de la tuer).
Les tueurs en série sont souvent des sadiques, qui éprouvent un plaisir pervers à torturer leurs victimes, les réanimant au bord du gouffre pour pouvoir les torturer encore un peu. "Quest-ce que tu ressens, alors que tu sais que tu vas mourir ?" a demandé Gacy à lune de ses victimes alors quil létranglait, récitant même le 23ème Psaume, le poussant à être brave face à la mort.
Ils ont besoin de dominer, de contrôler, et de "posséder" la personne. Et lorsque la victime meurt, ils sont de nouveau abandonnés, seuls avec leur insondable rage et leur haine envers eux-mêmes. Ce cercle vicieux continue jusquà ce quils soient arrêtés ou tués.
Pourquoi sont-ils si difficiles à trouver ?
Nous pensons quil est facile de reconnaître la démence ou quun maniaque possédant dincontrôlables désirs de meurtre va être incapable de se retenir. Dans la rue, ce sont les malades mentaux que nous évitons, nous éloignant des hommes échevelés et barbus qui vocifèrent pour eux-mêmes. Mais si vous voulez éviter de croiser le chemin dun tueur psychopathe, la meilleure stratégie serait de vous éloigner de la personne charmante, polie et impeccablement vêtue qui sapproche de vous en souriant.
Les tueurs en série passent inaperçus, camouflés dans lanonymat. Ils épient dans les campus et les allées, rôdent sur les autoroutes et dans les rues. "Habillez-le avec un costume et il ressemblera à dix autres hommes", a dit un avocat en décrivant Dahmer. Comme tous les prédateurs évolués, ils savent comment approcher leur victime en gagnant sa confiance. Les tueurs en série cachent leur esprit torturé derrière une façade de normalité construite avec soin.
À cause de leur nature "sociopathique", les tueurs en série ne savent pas comment ressentir de la sympathie pour les autres ou même comment avoir une véritable relation avec quelquun. Mais ils apprennent à simuler en observant les autres. Cest un acte totalement manipulateur, conçu pour attirer les gens dans leur piège. Les tueurs en série sont de bons acteurs avec un penchant naturel pour le mensonge.

Henry Lee Lucas a décrit le fait dêtre un tueur en série comme "être comme une star de cinéma... vous jouez un rôle". Labominable Gacy aimait shabiller en clown pour rendre visite aux enfants des hôpitaux, et le Zodiac revêtait un costume bizarre dexécuteur qui semblait tout droit sorti de "Alice aux pays des Merveilles". Lors de son procès, Bundy, qui se défendait lui-même, a dit au juge : "Je suis déguisé en avocat aujourdhui". Bundy sétait déguisé, auparavant, en conseiller téléphonique compatissant dans un centre "SOS détresse"...
Le rôle préféré des psychopathes est celui où ils sont dans une position dautorité.
Gacy était une figure célèbre et active dans le commerce à Chicago, et devint un membre des Jaycees (United States Junior Chamber). Beaucoup de tueurs en série se sont engagés dans lArmée, dont David Berkowitz qui était un vrai patriote. Beaucoup jouent aussi les policiers. Porter un badge de police et conduire une voiture ressemblant à celles des policiers ne nourrit pas seulement leur besoin de se sentir important ; cela leur permet aussi dapprocher des victimes qui ne parleraient pas, sinon, à un "étranger".
Toutefois, lorsquils sont appréhendés, les tueurs en série présentent soudain un "masque de folie" et prétendent quils ont de multiples personnalités, quils sont schizophrènes, quils entendent des voix ou quils avaient des "flashs" durant lesquels ils ont commis des actes dont ils ne se souviennent pas... Tout y passe pour échapper à leur responsabilité. Même lorsquils prétendent se révéler véritablement, ils ne peuvent sempêcher de continuer à jouer un rôle et à mentir.
"Quest-ce quune personne de moins sur la surface de la terre, de toute façon ?" a dit innocemment Ted Bundy, sans comprendre lhorreur de ses paroles.
Voilà comment pensent les tueurs en série. Un enquêteur du FBI a expliqué : "Bundy na jamais pu comprendre pourquoi les gens nacceptaient pas le fait quil ait tué parce quil voulait tuer".
Quest-ce qui fait marcher le tueur en série ?
De la même manière que des tueurs en série éventrent leurs victimes "pour voir comment ça fonctionne à lintérieur" (comme la dit Ed Kemper), les psychiatres et les agents du FBI essayent de pénétrer dans lesprit du tueur.
Lexplication traditionnelle inclut les abus durant lenfance, la génétique, des déséquilibres chimiques, des blessures à la tête entraînant des dommages au cerveau, lexposition à des événements traumatisants et des faits ressentis comme des injustices sociales. Limplication terrifiante de tout cela est quune grande partie de la population a été exposée à au moins lun de ces traumatismes dans son enfance ! Existe-t-il une sorte de concoction mortelle qui sépare les tueurs en série du reste de la population ?
Peu importe à quel point on est en colère, il existe quelque chose qui nous retient de tuer les autres. Manque-t-il aux tueurs en série une "barrière de sécurité morale" ? Ou sont-ils contrôlés par quelque chose dinsondable ? "Jaurais aimé pouvoir marrêter, mais je ne pouvais pas. Je navais pas dautre excitation ou joie dans ma vie" a dit Denis Nilsen, qui se demandait sil était vraiment mauvais.
Certains enfants naissent-ils simplement "mauvais" ?
Certains tueurs en série sont fascinés par la violence sadique dès lenfance. Enfant, Ed Kemper décapitait déjà les poupées de sa sur, jouait à reproduire des exécutions et dit une fois à sa sur quil voulait embrasser son institutrice, mais "si je lembrasse, il va falloir que je la tue dabord".
Notre société cherche dabord des explications dans léducation des tueurs en série. "Nous voulons croire que quelque chose a traumatisé le petit Jeffrey Dahmer, ou alors nous devrions croire que certaines personnes donnent simplement naissance à des monstres", a écrit Ann Schwartz.

Dans certains cas, les enfants sont horriblement abusés par leurs parents et il semble que rien dautre quun tueur en série ne puisse être créé par une jeunesse aussi terrible. Enfant, Albert DeSalvo, "lÉtrangleur de Boston", a été vendu comme esclave par son propre père, un alcoolique. Bien des assassins sadiques décrivent leur enfance comme une chaîne sans fin dabus sexuels horribles, de tortures et de folie.
Certaines histoires sont sans doute exagérées pour provoquer la sympathie (cest toujours un avantage pour le tueur de se créer des parents sadiques comme excuse), mais plusieurs de ces histoires ont été corroborées par des témoins.
Même les familles qui semblent "saines" à lextérieur peuvent cacher daffreux secrets. Les enfants peuvent apprendre la routine du "Jeckyll et Hyde" grâce à des parents sociables et sympathiques avec leurs voisins et leurs collègues, mais qui ne supportent pas les inaptitudes de leurs enfants lorsquils reviennent à la maison.
Nous pouvons penser que les abus durant lenfance sont une des clés du comportement des tueurs en série, mais nous ne devons pas oublier que beaucoup denfants ont souffert dabus par leurs parents et ne sont absolument pas devenus des assassins. Les abus durant lenfance ne créent pas obligatoirement un avenir dédié au crime. Bien des fillettes sont abusées, mais très peu deviennent des femmes violentes et sadiques qui sen prennent à des étrangers. Les frères et soeurs des tueurs en série ne deviennent pas des tueurs ou tueuses en série eux-mêmes.
Les abus durant lenfance ne sont pas la seule explication au comportement des tueurs en série, mais ils sont un facteur indéniable dans le passé de la plupart dentre eux.
Dans son livre "Serial Killers", Joel Norris décrit les cycles de violence comme étant générationnels : "Les parents qui abusent de leurs enfants, physiquement ou/et psychologiquement, instillent en eux une dépendance presque instinctive en la violence comme premier recours face aux défis de la vie".
Les abus durant lenfance nengendrent pas seulement des réactions violentes, explique Norris, mais affectent aussi la santé de lenfant (blessures à la tête, malnutrition et autres problèmes de développement).
Certains parents croient quen étant durs et stricts, ils vont "endurcir" leur enfant. Au contraire, ils créent un manque damour entre lenfant et ses parents qui peut avoir des résultats désastreux. Si lenfant ne se lie pas avec ses propres tuteurs, il ne créé pas les fondations qui lui permettront de faire confiance aux autres une fois adulte. Cela peut mener à lisolation, où dintenses fantasmes violents deviennent la première source de satisfaction.
"Au lieu de développer des traits positifs comme la confiance, la sécurité et lautonomie, le développement de lenfant devient dépendant de sa vie fantasmatique et de ses thèmes dominants, plutôt que des interactions sociales", écrivent Robert Ressler, Ann Burgess et John Douglas dans "Sexual Homicide : Patterns and Motives". Lorsque cet enfant grandit, selon ces auteurs, tout ce quil connaît sont ses fantasmes de domination et de contrôle. (Lenfant veut dabord être "superman" pour se défendre contre ses parents. Puis, à ladolescence, sa sexualité se forme. Alors, ses fantasmes de puissance se tournent vers une autre cible, nettement plus sexuelle, homme ou femme, selon son orientation). Cet enfant ne développe pas de compassion envers les autres. Au contraire, les êtres humains deviennent pour lui des symboles sur lesquels il pourra mettre en pratique ses fantasmes violents.
En considérant que les parents soient des explications au comportement des futurs tueurs en série, nous voyons alors des mères et des pères horribles. On critique très souvent la mère, qui est décrite comme étant trop dominante ou trop distante, trop active sexuellement ou trop répressive.
Peut-être la mère est-elle plus critiquée parce que le père a souvent disparu ou est, du moins, absent. Lorsque le père est impliqué, cest généralement pour des tactiques de discipline sadiques, des rages alcooliques et de la colère manifeste envers les femmes.
Mères monstrueuses
Tout semble commencer ou finir avec la mère. Henry Lee Lucas et Roberto Succo ont commencé leur "carrière criminelle" en tuant leur propre mère. Ed Kemper a terminé la sienne en tuant sa mère. "Les tueurs en série ont souvent une relation inhabituelle, voir "non naturelle" avec leur mère", note Steven Egger dans son livre "The Killers Among Us". Dans notre culture, limage imposante de La Mère apparaît dans notre psyché collective, et certains auteurs expliquent que les tueurs se libèrent de la tyrannie maternelle.
Si ces tueurs sont toujours dominés par "maman", il est alors facile de les traiter de "fils à maman" qui ne sont jamais devenus matures. Peut-être trouvons-nous ce cliché rassurant (la mère est une excuse facile et toute prête, particulièrement dans notre époque déducation obsessive). Mais il est vrai que lorsque nous observons certaines des techniques éducatives des mères de tueurs en série, nous avons tendance à voir un lien entre elles et les meurtres de leurs enfants.
Mères strictes
Pour que leurs enfants restent chastes, certaines mères lient la sexualité avec la mort. La mère fanatiquement religieuse dEd Gein le convainquit que les femmes étaient "les récipients du pêché" et causaient des maladies. Dans une sorte dinterprétation erronée et tordue, Gein a littéralement fait des femmes des récipients, utilisant leurs crânes comme bols et dautres objets du même genre. Le corps dEd Gein a échappé aux maladies sexuelles, mais son esprit a clairement été contaminé.

Joseph Kallinger a été adopté par des parents catholiques fanatiques et sadiques. Après une opération dune hernie à lâge de 6 ans, sa mère adoptive lui affirma que lopération avait été effectuée pour empêcher son pénis de grandir. Kallinger ne lui a jamais posé de question et, parvenu à lâge adulte, il a cru que son sexe avait été estropié. Très stricte en matière de discipline, la mère de Kallinger le forçait à tenir sa main ouverte au-dessus dune flamme, et le battait sil pleurait. En grandissant, Kallinger commença à prendre plaisir à torturer les autres et devint lui-même un père sadique. Après avoir souscrit une assurance vie sur son fils de 13 ans, Joey, Kallinger la lentement noyé, sourd à ses supplications et ses pleurs.
"Je voulais pour ma mère une mort douce et rapide, comme tout le monde le veut", a dit Ed Kemper. Son idée dune mort douce et rapide est plutôt inhabituelle : après avoir décapité sa mère, il a enfoncé sa trachée dans le broyeur de la cuisine, a violé son cadavre, puis a placé sa tête sur la cheminée du salon pour jouer aux fléchettes. De lavis de tous, la mère de Kemper était une femme tyrannique à la voix perçante qui harcelait son fils continuellement. Enfant, elle lavait enfermé dans la cave parce quen grandissant, il devenait gigantesque et effrayait ses surs. A lâge adulte, Kemper et sa mère se disputaient continuellement, et pourtant il avait choisi de vivre avec elle. Pourquoi ne pas simplement sinstaller seul et ne pas répondre à ses appels téléphoniques ?
La mère adoptive du "tueur des coteaux" Kenneth Bianchi était pathologiquement protectrice, à lexcès. Lorsque le petit Kenneth Bianchi mouilla son pantalon, elle lemmena chez le médecin pour quil examine son sexe. Une agence de protection de lenfance écrivit un rapport sur la mère de Bianchi, expliquant quelle était : "profondément dérangée, socialement ambitieuse, jamais satisfaite, arrêtée dans ses opinions et beaucoup trop protectrice... Elle a étouffé son fils adoptif dans lattention médicale et le souci maternel depuis le moment de son adoption". Enfant, Bianchi était très dépendant de sa mère, mais ressentait envers elle une hostilité mortelle sous la surface.
Certains tueurs en série pourraient blâmer leur mère aux moeurs délurées. Ces mères ont dépassé les bornes, exposant leurs enfants à des comportements sexuellement inappropriés. Bobby Joe Long a, selon lui, tué des femmes quil considérait comme "des putes et des salopes", et qui lui rappelaient sa mère. Lorsquil était enfant, sa mère couchait souvent avec des hommes dans la chambre même où Bobby dormait. Selon Bobby Joe Long, elle a partagé son lit avec lui jusquà ce quil ait 13 ans.
Henry Lee Lucas souffrit dune "confusion des genres" durant son enfance, à cause du sadisme de sa mère. Elle était alcoolique et contrebandière. Pour une raison inconnue, elle lhabilla en fille jusquà ce quil ait 7 ans. "Je vivais comme une fille. Jétais habillé en fille. Javais des cheveux longs comme une fille. Je portais des vêtements de fille". Sa mère le frappa un jour au sang parce quil avait fait couper ses cheveux après que son instituteur se soit plaint. À un moment, sa mère le frappa à la tête avec un rondin de bois, lui fracturant le crâne. Comme Long, Lucas a été exposé aux activités sexuelles de sa mère. Il la tuée en 1951.
Cest généralement un père sadique et porté sur la discipline qui surgit dans larbre généalogique du tueur en série.
Le père de John Wayne Gacy réprimandait constamment son fils, le traitant de "fillette", de "pédé" et de "raté". Alcoolique et violent, il frappait également la mère de John Wayne Gacy et tua le chien adoré de ce dernier pour le punir. Lorsque Gacy étranglait ses jeunes victimes, il les encourageait à rester braves devant la mort. "À travers ce rituel, Gacy cherchait à réaffirmer sa propre vision dune identité masculine qui avait été écrasée par son père", écrit Joel Norris.
Le père dAlbert DeSalvo ramenait des prostituées à la maison et frappait brutalement son épouse. Un jour, il brisa ses doigts les uns après les autres alors que le jeune Albert regardait, impuissant. Le père de DeSalvo le vendit avec ses frères et surs, comme esclaves, à un fermier du Maine, et leur mère les chercha frénétiquement durant 6 mois. "Papa était plombier, raconta DeSalvo. Un jour, il ma frappé avec un tuyau dans le dos. Je nai pas bougé assez vite".