Le fantôme du Bagpiper
Durant la rébellion de 1745-46, qui vit le
retrait de Derby des troupes du prince Charles Edward Stuart, le corps
d'armée de ses Highlanders fut obligé, dans sa marche vers le nord à
travers Badenoch, de faire une courte halte dans la passe sauvage de
Drumouchtdar, pour permettre à l'arrière-garde et aux autres traînards
de cette armée malchanceuse de passer devant. Etant constamment
harcelés par une partie de la cavalerie anglaise, les hommes
commencèrent à murmurer et à grogner contre l'entêtement du prince qui
ne leur accordait pas la permission de déloger les cavaliers et contre
sa mauvaise volonté apparente à donner l'ordre de charger.
Le malheureux prince ne souhaitant pas affronter les troupes de
dragons fraîches et bien entraînées et connaissant l'état pitoyable
dans lequel se trouvaient ses régiments, s'efforça de les raisonner, de
leur faire renoncer à ces idées stupides et expliqua du mieux qu'il put
la totale folie d'un mouvement stratégique de cette sorte. Mais les
ardents Highlanders n'accordèrent pas la moindre attention à ses
conseils et décidèrent de leur propre chef de mener l'attaque. Résolus,
au prix de tous les dangers à déloger leurs ennemis des positions
qu'ils occupaient sur les collines, ils préparèrent une action de front
et vers midi passèrent à l'assaut. Les assaillants se composaient de
deux régiments d'infanterie, les clans McDonald et McPherson alors que
l'ennemi comptait près de six cents hommes.
La bataille s'engagea. Et le carnage fut grand. La cavalerie, dans
l'attente d'une telle attaque, avait, durant la nuit, élevé des talus
et creusé des fossés. Toutes les pierres et les gros galets disponibles
avaient été empilés pour repousser l'attaque des féroces écossais qui
chargeaient avec une détermination terrible, taillant et pourfendant
tout ce qui se mettait en travers de leur chemin, détruisant tout et
plus de ce qui entravait leur marche en avant. Sauvages et sinistres,
ils étaient décidés à vaincre ou à mourir. Et multipliant les assauts,
ils parvinrent enfin avec difficulté à s'emparer des fossés. Cet
exploit accompli, les poignards et les bombes incendiaires décidèrent
bientôt de l'issue du combat. L'ennemi complètement mis en déroute,
s'enfuit dans toutes les directions. Coupant les jarrets des chevaux,
les Celtes se mirent aussitôt à leur poursuite réduisant les fugitifs à
un seul homme. Le dernier anglais trouva la mort quand la bombe
incendiaire d'un Highlander tomba sur les berges de la
"Ault-na-Sassenach" appelée aussi "la brûlure de l'Anglais". Cet
endroit porte ce nom depuis ce jour et le lieu où cet homme fut tué est
marqué d'une pierre dressée dans la mousse, à environ neuf yards de la
rivière. On dit que les personnes qui par hasard passent le soir sur la
lande, peuvent soudainement sursauter en entendant pleurer une
cornemuse, mais sont dans l'impossibilité de dire d'où vient cette
complainte mélancolique. Des gens assurent encore qu'on peut entendre,
au crépuscule, d'autres sons tout aussi étranges et déroutants et qu'on
peut voir des spectres s'affronter en combat mortel à l'emplacement où
eut lieu cette ancienne et terrible bataille.